A la rencontre de Depar, un activiste du hip hop belge...
Dépar, grand activiste du mouvement hip hop, est venu dans les bureaux de Lezarts Urbains pour nous parler de ses convictions, de ses débuts, de ses motivations.
Il n'est ni MC ni beatmaker mais il plaide la cause du hip hop. Son ouverture d'esprit, son entrain et sa sérénité lui permettent d'aller de plus en plus loin dans ses projets. Laissons-lui la parole...
Clémence : Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter et nous expliquer la naissance du concept Give Me Five?Dépar : J'ai commencé dans le mouvement hip hop via le graffiti vers 1994-1995. J'ai rencontré beaucoup de rappeurs, de breakers, de DJ's, etc. Toutes ces connexions m'ont été utiles plus tard. J'ai dû quitter le graff mais je voulais garder un pied dans le mouvement hip hop via la musique cette fois. Vers 2004, j'ai commencé à travailler avec Velvet Sick. Grâce à mon réseau de contacts et au studio de Velvet Sick, on a pu entrer dans le concret. On a sorti ensemble les compilations La Face C en 2005 et Dès le Dépar en 2007. Ces deux compilations comprenaient 20 morceaux. Il a fallu faire appel à des MC's différents à chaque fois sinon, il y a toujours des gens qui sont dégoûtés de ne pas poser et comme c'est des potes, tu dois les laisser. Au final, il y en avait pour tous les goûts. De plus, au plus tu mets de gens, au plus tu vends car les gens achètent parce qu'il y a leur cousin ou autre présent sur une des compilations. On a connu un gros carton et ça nous a fait connaître dans toute la Belgique.
Par contre, en 2008, je ne voulais plus me casser la tête avec des compil'. Ça prend énormément de temps et Velvet Sick avait un emploi du temps de plus en plus chargé. Du coup, j'ai voulu monter mon propre truc. Pas de CD 20 titres mais 5 titres pour 5 euros pour rester dans le chiffre 5. Et comme j'aime beaucoup le basket, le nom Give Me Five sonnait bien. C'est comme ça que tout a commencé. J'ai appelé un graffiste pour réalisr le logo et il a assuré. Le logo a tout de suite était efficace et accrocheur. De là, la première compil' Give Me Five est sortie en 2008. Comme j'étais seul sur ces projets, j'ai dû aller enregistrer à gauche à droite.
Puis en 2009, j'ai voulu introduire du reggae. Je voulais rester dans le hip hop mais en adoucissant la vibes. Cette compilation Give Me Five En Mode Rasta prouve que, selon moi, la musique urbaine, c'est aussi le reggae.
Clémence : Qu'est-ce qui a fait que tu es devenu si activiste pour le hip hop?Dépar : Quand j'étais plus jeune, j'ai été marqué par Convok et ses acolytes d'Ultime Team. Il n'y avait pas de structures pour ces artistes talentueux. Pourquoi ne pas jouer le rôle de cette structure? Et puis, les gens du hip hop étaient mes proches. Je ne pouvais pas laisser ces talents dormir dans un tiroir.

Clémence : Es-tu réellement tout seul pour réaliser et organiser tous ces projets?Dépar : En gros, je recherche des bons MC et des bons beatmakers. Je suis un peu un chasseur de têtes. Pour les enregistrements en studios, ça se fait par connaissances. Mais depuis que j'ai décidé de faire aussi de la vidéo, il y a Tembs de Legalsounds qui travaille avec moi.
Clémence : Justement, parle-nous un peu de Give Me Five tv...Dépar : Et bien ça a commencé par un bête freestyle dans un magasin avec James Deano et puis je suis parti dans le trip 5 vidéos, 5 magasins, 5 villes, etc. J'ai essayé de tenir la vague avec une vidéo par semaine mais c'est pas toujours facile. Mais ensuite, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose avec toutes ces vidéos. C'est là que j'ai eu l'idée du dvd. 45 freestyles et 5 clips pour 10 euros.
Clémence : Comment fais-tu pour la sélection des artistes?Dépar : Bien sûr, en 50 vidéos, je ne peux pas reprendre tous les MC's. Mais je les choisis selon ce qui me plaît et selon l'état d'esprit. Je sais bien qu'il y a plein de bons MC's mais ils ne prônent pas forcément le même état d'esprit que le mien. La hargne et la violence, ce n'est plus mon truc. J'ai eu ma période rebelle bien sûr, mais elle est terminée.
Quand un MC me plaît, j'écoute ses textes et son flow. Il est important pour moi de choisir des artistes qui se bougent le cul, qui ont une actualité ou qui viennent poliment me demander de les écouter. Il faut souvent être patient, la liste des MC's est longue et je ne peux pas filmer tout le monde en même temps.
J'accorde beaucoup d'importance au rap conscient comme celui de Scylla qui a su rassembler pleins de personnes différentes autour de sa musique et de ses idées. Il faut faire passer des messages aux jeunes. J'aimerais motiver les jeunes qui squattent, fument et jouent aux voyous en bas des blocs. Le rap leur permettrait de s'exprimer et d'entreprendre des choses.
Le message du hip hop est celui des origines « Peace, love, unity and having fun ». Le respect est important. Mais c’est vrai que la France nous envoie des images et des textes plus trash.
J'aimerais faire en sorte que Give Me Five deviennent le petit label qui met les gens en avant, qu'ils soient blancs, noirs, beurs ou néerlandophones.

Clémence : Comment vois-tu le rap belge ?Dépar : Il y a un potentiel de dingue, des gros talents autant dans les anciennes que dans les nouvelles générations. Mais il est vrai qu’avant ils étaient moins nombreux, ils ne se marchaient pas sur les pieds, c’était plus facile de percer. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'artistes et on ne sait pas découvrir tous ces talents. Il y a un manque persistant de structures.
Clémence : Et tes prochains projets ?Dépar : Le maxi de Convok avec une soirée promotionnelle. Et continuer la vidéo. J'aimerais réaliser des clips, filmer moi-même. Le visuel m'intéresse vraiment et il est plus accessible. Avec le net, en un clic, on accède aux clips. En musique, c'est beaucoup de taf pour finalement peu de reconnaissance...
Clémence : Un petit message pour finir ?Dépar : J'encourage les MC's à travailler dur. Et pour les amateurs de rap belge, j'aimerais voir plus de solidarité dans le public.