Les « Etats d’esprit » de Dan-T. Un album introspectif cohérent.
Membre de l'excellent collectif hip-hop Les Autres, Dan-T sort son premier opus solo « Etats d’esprit » : un album concept autoproduit, entre rap et slam, introspectif, intelligent, cohérent. 
Seize titres pour une plongée abyssale dans un univers entre Enfer et Purgatoire où l’autodérision n’est pourtant pas exclue. Ce qui frappe d’emblée, c’est la maturité des lyrics, reliant ainsi avec la tradition du rap conscient -bien qu’avec des instrus calmes- : une écriture ciselée, un univers authentique, loin du bling-bling et des « poses » en tous genres.
Dans «Etats d’esprit », le soldat Dan-t s’avance vers nous sans armure, rappe ses défaites plus que ses victoires et on s’attache aux récits du fantassin blessé. Car c’est un peu la marque de fabrique de l’album : la dignité au fond du gouffre, le sursaut de saine colère après la chute. S’il se raconte, s’il « rappe sa vie », Dan-t n’en produit pourtant pas un album autiste. L’homme aime les rencontres à même le pavé et son titre l’Argentin sonne comme un hommage à tous les « exclus » et autres « Déclassés de la terre ».
"Un grand écart entre l’Italie et la Belgique, la street et le savoir, les
épreuves et la volonté de rester vivant "
Dan-T pose ses lyrics avec ce grain de voix grave qu’on retrouve dans le bon rap, comme dans la chanson italienne. Ses racines du Sud, il les chérit comme il s’en moque, tirant dans son titre « Chemin faisant » le portrait d’un milieu immigré dans lequel il ne se reconnaît plus –il ne « porte pas de gourmette , pas d’écharpe de la Juventus, n’écoute pas Ramazzotti ». Pris entre deux feux, le M.C, s’amuse à se voir « enterré comme intello » par la street . Car dans le civil, le rappeur Dan-T donne volontiers des ateliers d’écriture et enseigne l’histoire. Mais de ce grand écart entre l’Italie et la Belgique, la street et le savoir, les épreuves et la volonté collée au corps de « rester vivant » naît une force : Dan-T a en puissance la capacité de rallier le public hip-hop à d’autres amateurs de paroles.
Sur sillon, il n’arrive pas seul : on retrouve dans sa brigade les éternels complices des « Autres » : Stan, Yassin, Millo et le chanteur Barros. S’ajoutent la chanteuse Maya Safar et plusieurs musiciens amis. Les composition épurées et volontiers nostalgiques sont signées Soulplayer. On aurait aimé plus de contraste de ce côté là dans la premier partie et l’album et les morceaux joués avec instruments arrivent à point. L’album inclut aussi des bonus internet intéressants comme des titres inédits des Autres. « Etats d’esprit » est donc une proposition qui fait mouche. Les compositions du MC s’ancrent dans notre mémoire comme des témoignages vrais et proches. Un artiste à suivre, donc.
R.G.