Après Amsterdam et avant Paris, les communes de Saint-Gilles et de Forest accueilleront des artistes venus des quatre coins du globe pour y présenter leur travail tout au long de cette semaine. Le collectif Farm Prod, qui sévit sous nos latitudes depuis quelques années déjà, œuvre depuis de nombreux mois pour importer ce bel événement dans la capitale de notre plat pays. Rencontre avec Fred Lebbe, l'un des trois chefs d'orchestre du projet (avec Julien Mourlon et Guillaume Desmarets), un organisateur passionné, ambitieux, stressé, de toute façon heureux et déjà plein d'espoir pour la suite de cette aventure.
C'est quoi, ou plutôt c'est qui, Farm Prod?
Fred Lebbe: « Ce qui nous rassemble c'est la peinture. Nous sommes une équipe d'une dizaine d'artistes dont la première rencontre remonte, pour la plupart, à l'époque de nos études (en graphisme et illustration, ndlR.) à l'Institut Saint-Luc de Tournai. Nous habitions une ferme du côté de Ramegnies-Chin pas loin de l'école. C'est l'origine de notre nom. On en louait une partie et y avions installé notre atelier. C'était un peu crado mais pas cher et, surtout, il y avait de l'espace. Tout le monde bossait énormément et il y avait déjà une bonne synergie à l'époque. Plus tard, vers 2002, on s'est retrouvé sur Bruxelles et notre collectif est né d'un mélange de Belges et de Français. Ensemble, on pratique le live painting, on participe à des expos de peinture, des soirées ou d'autres manifestations culturelles. Aujourd'hui, nous avons notre propre atelier à St-Gilles et on s'est fait un bon petit réseau. Farm Prod, c'est surtout une histoire d'amitié et c'est pour ça qu'un festival comme le KAT nous tient particulièrement à cœur. Les gens s'y rencontrent et créent des liens qui se consolident peu à peu, au fil des événements... Aujourd'hui, nous devenons progressivement une vraie petite équipe internationale et c'est ce qu'il y a de plus riche finalement. »
Qu'est ce que le KAT? Et comment vous êtes-vous retrouvé à l'organiser chez nous?
F.L.: « Un grand festival international qui promeut le graff et le street art auprès de 100.000 visiteurs annuels et offrent une tribune à des centaines d'artistes du monde entier. (...) Depuis deux ou trois ans, nous avons noué quelques bonnes connexions dans le milieu du graffiti et voyagé en France, en Autriche, aux Pays-Bas... À Paris, notre rencontre avec le collectif Macrew et les Hollandais d'ABC (Aerosol Bridge Club, ndlR.) fut décisive. Les gars de Macrew organisaient le festival Kosmopolite à Bagnolet depuis sept éditions et cherchaient un nouvel élan. De là est née l'idée d'exporter le concept dans nos villes respectives sous forme d'une tournée. Chaque collectif assurant donc les détails de l'édition prenant place dans son propre pays. Celle d'ABC à Amsterdam s'est bien passée. Et cette semaine, c'est notre tour! »
Quelles sont les difficultés inhérentes à ce genre de défi?
F.L.: « Nous avons dû prendre en charge beaucoup de choses, de l'accueil au logement des artistes en passant les bombes de peinture... et la liste n'est pas exhaustive. Heureusement, pas mal de gens nous sont venus en aide et on a pu ainsi limiter les coûts. Par exemple, le BRASS (Centre culturel de Forest, ndlR.) a mis à notre disposition l'abbaye de Forest. Un beau cadre pour loger une partie de nos invités. On travaille aussi avec le Centre culturel de St-Gilles et Lezarts Urbains. D'autres partenariats nous ont permis de trouver des solutions pour les murs, les expos et tout le reste. Mais c'est la première fois qu'on s'attèle à une organisation d'une telle ampleur. C'était l'objet de mon mémoire, donc j'y travaille depuis un bon moment déjà pour débroussailler le terrain. Guillaume et moi y bossons à plein temps depuis septembre en plus des coups de main. Un ami a fait la vidéo de présentation. D'autres se sont occupés du site internet ou de la promotion... Farm Prod s'est aussi associé avec l'asbl. Laid Back – des amis – qui dispose d'une webradio et dont les membres ont insufflé une belle dynamique au projet, tout en gérant les aspects financiers et la pub sur le net. Un vrai travail d'équipe. »
Que pourra-t-on voir au KAT?
F.L.: « Il y deux expositions en fait. À partir de vendredi, Lezarts Urbains accueillent des artistes belges rue de la Victoire – en l'occurrence La Fine Équipe, Délit 2 Fuite et Parole. Samedi, les trois collectifs organisateurs, à savoir Farm Prod, Macrew et ABC, exposeront dans la salle des machines du BRASS. Un premier mur sera inauguré au Centre culturel Jacques Franck ce week-end, puis deux autres à l'Indigo Studio et au hangar du Forum Forestois. Ça se passera aussi du côté de la Galerie Montana plus tard dans la semaine. Il y devrait y avoir pas mal de va-et-vient d'artistes internationaux. Les Guadeloupéens sont déjà arrivés, tout comme les Autrichiens et l'équipe polonaise. Français et Hollandais arriveront ce vendredi soir. Les New-yorkais ne devraient plus tarder. Et il y a quelques "pointures", dont Sonic, un pionnier du graffiti venu du Bronx. À partir de dimanche, tous les murs seront activés.
Quid de l'avenir?
F.L.: « On aura bien galéré pour cette première fois. C'est normal, les gens ne nous connaissent pas. On s'est battu jusqu'à la dernière minute. D'ailleurs, nous recevions encore, deux jours avant le coup d'envoi du festival, une confirmation de subside et d'ouverture de crédit. Mais le but est clairement de relancer la machine l'an prochain au mieux, ou dans deux ans. Pour faire du KAT un rendez-vous récurrent à Bruxelles. Ce n'est que le début, je crois... »